De par le monde, mes yeux s'extasy!

Inde

Palais sur l'eau

Premier voyage dans l’Inde du Nord-Ouest (Rajasthan)

Date : Décembre-Janvier 2010

Ce voyage aura été sans doute le plus contrasté de notre périple en Asie.

L’Inde est un pays pénétrant. Les odeurs, les couleurs, les bruits, le regard des Hommes, l’histoire, la spiritualité, la nourriture contribuent allègrement à ce que tout votre être vibre, se laisse aller, s’abandonne…

L’Inde vous « UPPERCUT », vous met « KO » ,vous vous laisser porter alors par vos sens, vos inhibitions s’effondrent sans fracas alors que la raison s’envole au fil des kilomètres. Voyager en Inde devient alors une expérience sensorielle unique!

Serial Portrait

La rencontre avec cet homme s’est faite dans une ruelle étroite et tortueuse de la ville d’ Udaipur.

L’homme d’abord réticent impose sa paluche à mon objectif. J’aurais pu renoncer face à ce refus catégorique, mais  j’avais trouvé… une « gueule », une gueule comme je les aimes, ceux des acteurs de cinéma au tempérament en acier trempé des films d’après guerre, des mecs à la Gabin avec un pif proéminent.

Je ne pouvais pas renoncer aussi facilement, l’homme rayonnait, j’étais attiré par ce charisme comme l’insecte peut l’être d’un néon. Je m’obstine et décide donc d’utiliser ma botte secrète; diplomate je lui placarde alors ce passeport international du photographe : un large sourire aux dents étincelantes… Moment de flottement, l’homme dodeline de la tête, la partie est gagnée.

J’ai ainsi pu capter ce regard de biais puis fixer cette posture noble et digne. Lorsque l’on voit une telle personne, on ne peut s’empêcher de faire des associations. Dans le cas présent l’aspect biblique ou prophétique du bonhomme s’imposait comme une évidence. La disposition de ses mains traduisait alors un codage de la gestuel: celui de la sagesse. L’humilité et la simplicité de cet homme parachevant le tout, il me fallait trouver un décor cadré, un arrière-plan adéquat afin que le tableau prenne enfin vie.

Clic, clic, clic, clic… Le portrait était presque réussi…

Prophète ?

Petits Indous

Poursuivons notre périple dans les méandres des villes du Rajasthan. Un rencontre inévitable en Inde et plus largement dans tous les pays est celle des enfants.

En dehors des attroupements de gamins, qui vous assaillent de questions du genre « what’s our name? » en vous tenant la manche, la secouant avec ferveur au risque de vous décrocher le bras contenu dedans. En esquivant les intrépides  qui veulent être à tout prix photographiés par vos soins et vous palpant parfois pour voir si vous êtes bien de la race des Hommes, il existe fort heureusement des enfants paisibles qui ne vous demandent rien et vous offre un sourire timide ou un regard appuyé, spontané, authentique… Ils semblent être préservés du monde, enfin c’est ce que l’occidental de passage aime à penser lorsqu’il voyage en territoire inconnu : vaste fourberie!


Croyances

« Spirit of India » : imaginez un spot publicitaire dans lequel des voix de sirènes vantent toute la prétendue quintessence  de l’Inde éternelle.  Autant dire d’emblée que le sentiment religieux vous saute aux yeux dès que l’on évoque l’Inde, que ce soit par le biais des médias à des milliers de kilomètre de l’Inde ou que ce soit en immersion totale, sur le terrain dans un pays  où tous les sens, sans exception, sont outrageusement et constamment sollicités.
Par conséquent la spiritualité est indissociable, consubstantielle de l’Inde et elle pénètre même les plus rétifs d’entre nous. Même s’il existe des courants communistes (marxistes, maoïstes, j’en passe et des meilleurs…) dans la plupart des régions de l’Inde; même si la modernité et le matérialisme commencent à bousculer les croyances religieuses, on ne peut éviter la question du fait religieux,  inscrit de manière ancestrale dans les représentations mentales de chaque indien.

Quinze  jours ne peuvent alors  établir l’ampleur du phénomène et les quelques photos présentes ici ne suffisent pas à évoquer les croyances religieuses. Voici cependant une anecdote qui tente de retranscrire partiellement la manière dont peut se manifester la religion.

C’est dans la ville étape de Bundi au sud du Rajasthan que ma rencontre la plus mémorable sur la manifestation de la foi eut lieu.

[Lorsque l’on voyage, l’inattendu peut surgir « sans
tambour ni trompette » ou presque… en voici le récit].

Récit :

 Nous nous promenions dans les ruelles  de l’ancienne ville de Bundi, le calme, plutôt inhabituel en ce pays, accompagnait notre divagation pédestre sous une lumière douce et tamisée. Nos pas résonnaient dans la ruelle comme un écho lointain sur la terre battue. Notre douce errance semblait se caler pas à pas à celle de quelques habitants qui, étrangement, allaient tous dans la même direction. Mais un flot d’ombres, de pantins commença à surgir de ruelles adjacentes, guidé par une force mystérieuse.

 Au loin, nous commençâmes à percevoir le tam-tam incertain de tambours, puis des clameurs montèrent à l’assaut des murs de la ruelle, se dirigeant vers nous comme une douce mélopée. Peu à peu nous avançâmes à tâtons, prudents, dans la foule. Les regards étaient rivés vers ce que l’on ne voyait pas, vers ce que l’on ne pouvait imaginer… Seule la musique annonçait l’événement. Piqué par la curiosité, nous fendîmes la foule et nous parvînmes au cœur de l’agitation. Une procession formée de jeunes hommes bouillonnait de ferveur, les chants retentissaient avec exaltation, les porteurs de tambours avançaient puis reculaient comme le ressac de la mer sur la terre ferme en procédant à une rotation complète sur eux-mêmes, virevoltant comme des girouettes.  Quant aux autres, ils brandissaient des bannières liturgiques au-dessus de leurs frères, psalmodiant des salves glorieuses pour Allah, frappant leur poitrine de leur poing puis érigeant avec force leur bras vers le ciel comme pour faire jaillir des lances vers le divin.

La procession poursuivait sa marche en bon ordre. Les forces de police indienne veillaient en retrait, juchées sur un promontoire à l’arrière de la procession. Elles étaient composées d’hommes mais aussi de femmes, moustaches et chignons de rigueur, engoncés dans un uniforme couleur kaki et sable, sans  fioriture.

 Cette procession, j’ai pu la photographier sans heurt.  Les villageois étaient nombreux à  assister à cette folle agitation, absorbés et visiblement heureux du spectacle offert à leurs yeux. L’assistance dégoulinait de toute part, des pas de portes jusqu’aux toits en terrasse des maisons en pisée. Dans la  procession, ne figurait aucune icône à l’effigie d’Allah – l’Islam les proscrit – seule une représentation en papier d’aluminium du Taj Mahal ( mausolée de marbre blanc construit par l’empereur moghol Shâh Jahân en mémoire de son épouse défunte ) paradait sous bonne escorte!   Cette maquette argentée, seule touche fantaisiste du spectacle, contrastait avec le vert des oripaux écrits en lettres arabes. Bloquer par cette lente frénésie, nous rebroussâmes chemin et nous bifurquâmes non loin du palais du Maharadjah pour prendre de la hauteur. Les clameurs s’estompèrent peu à peu alors que cette jeunesse trépidante ne cessait, toujours et encore, de scander en arabe des paroles embrasées. Nous dominions Bundi, notre regard embrassait la ville aux teintes bleutées, sous la douce brise caressante d’un soleil d’hiver, sous le soleil de l’Inde éternelle…

Peu avant, on enterrait un vieil homme selon les rites de l’hindouisme, après avoir procédé à l’immersion du corps dans la réserve d’eau de Nawal Sagar. Dernière immersion pour la postérité, celle d’un mortel, purifié en son âme pour d’autres vies… peut-être éternelles .

Au coeur de la procession

maquette

maquette du TAJ MAHAL en papier d'aluminium

temple sur le NAWAL SAGAR

dans la vieille ville de BUNDI

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18 Réponses

  1. The Indian children and teens are so beautiful , don’t you think?

    février 16, 2014 à 18 h 52 min

  2. Wonderful pictures and text describing your experience.

    février 16, 2014 à 18 h 50 min

    • Thank you so much, it’s very kind

      février 16, 2014 à 20 h 37 min

      • You are welcome!

        février 16, 2014 à 20 h 52 min

      • Husband is architect but not a photographer. Many of the students in the group got amazing pictures. It is a gift to see sights through the camera others can only see when they are developed into a photo!

        février 16, 2014 à 20 h 54 min

      • you are absolutely right

        février 16, 2014 à 21 h 06 min

      • Keep up the great work. I think any artist has that special sight others don’t have ….and architects as well.. . . I was just an elementary teacher….but I love to see other’s work and talents!

        février 16, 2014 à 21 h 07 min

      • thank you for your support … I am also a teacher, what a funny coincidence. I wish you good photographic surprises, I salute you.

        février 16, 2014 à 21 h 32 min

      • Y eah teachers! Immediately you know their hearts! 😎

        février 18, 2014 à 20 h 24 min

  3. 😃 Thank you to follow my blog 😊 and hope you enjoy my other artworks

    février 16, 2014 à 18 h 38 min

  4. « small Hindu » is lovely

    décembre 2, 2012 à 16 h 26 min

  5. Essache

    Que dire….j’essaye depuis quelques minutes de choisir « la » plus belle photo…impossible , car elles sont toute « la » plus belle !
    pour chacune, je ressens enormément l’émotion qui s’en dégage !

    toutes mes félicitations !

    février 26, 2012 à 19 h 29 min

    • merci pour les commentaires, ça fait plaisir, j’ai cru comprendre que tu étais photographe mais aussi comédien, alors n’hésite pas à me transmettre ton blog si tu en as un, car j’aime bien faire partager les liens d’amis sur mon blog.

      arno le cousin d’anne-lise

      février 27, 2012 à 11 h 43 min

  6. superbes photos, bravo

    janvier 24, 2012 à 9 h 32 min

  7. Magnifique.
    Je n’ai pas beaucoup de compétences pour évoquer la qualité des photos, mais elles portent en elles la lumière et l’ombre qui façonnent tous les hommes. Tu possèdes le don de saisir dans l’instant la grandeur dans l’humilité, la beauté dans la misère, le détail dans la masse. J’ai hâte de me plonger dans les autres séries.
    J’ai beaucoup aimé le texte sur la procession.

    « les porteurs de tambours avançaient puis reculaient comme le ressac de la mer sur la terre ferme  »

    J’aurais aimé écrire ces mots…

    octobre 12, 2011 à 14 h 46 min

    • merci pour ce commentaire, ce que tu as écrit reflète avec justesse ce que je souhaite représenter dans mes photos, pour le texte je n’ai pas ton talent, mais après avoir lu ton livre cela ma remotiver pour écrire des textes plus « littéraires »

      octobre 12, 2011 à 15 h 00 min

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